Entrevue avec un vampire - partie 4
Par : Léandre Porter
Par : Isabelle Plume

Journaliste : Comte ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point je suis heureuse que vous ayez accepté de continuer cette série d'entrevues avec moi.
Comte : Vous aviez une si belle voix au téléphone, j’avais hâte de voir la tête qui allait avec cette voix si… sensuelle. Vous avez l’air bien jeune ma jolie. Quel âge avez-vous ?
Journaliste : J’ai 21 ans. C’est sûr que c’est jeune, mais je ne vous décevrai pas. Il y a tellement longtemps que je supplie mon patron de me donner ma chance ! Je ne vais sûrement pas gâcher celle là ! Venez vous asseoir Comte.

Comte : En tout cas vous êtes très agréable à regarder mon petit.
Journaliste : Merci, c’est gentil. Vous le pensez vraiment ?
Comte : Absolument ! Des jambes interminables, un décolleter plongeant, vous êtes délicieuse. Allez ma jolie, poser moi vos questions qu’on en finisse ! Je suis assez pressé. Nous sortons souper ce soir ma femme et moi. Cela fait 20 ans que nous nous sommes rencontrés aujourd’hui et c’est aussi son anniversaire.

Journaliste : Bon commençons. Comte dites-moi comment vont vos enfants ?
Comte : Les mômes vont bien. J’en ai 2 de plus maintenant. Un autre garçon, et une adorable petite fille, ma princesse Ella.
Journaliste : Cinq enfants, ça doit être bien du boulot ! Quel genre de père êtes-vous ?

Comte : Je suis un excellent père. Mes enfants m’aiment, bien plus qu’ils n’aimeront jamais leur mère. Elle ne s’occupe presque pas d’eux. Elle a toujours une raison. Le travail, les grossesses, la fatigue, ci et ça. Les rares fois où elle s’occupe d’eux, elle le fait pratiquement toujours avec impatience.

Comte : Moi, je prends soin d’eux. C'est moi qui leur ai enseigné à aller sur le pot, à marcher, et à parler. D’ailleurs leur premier mot à tous fut " papa. "
Journaliste : C’est étonnant ! C’est un drôle de hasard quand même ! Cinq enfants dont le premier mot est papa !

Comte (rire): Bah, pas tant que ça ! Suffit de prendre les moyens pour cela. Vous n’avez qu’à leur répéter 3 a 400 fois par jour, cet unique mot : " Papa " et ils finissent par le dire. Ensuite vous leur apprenez le reste. " Papa est gentil " " Papa m’aime " " J’aime papa ".
Journaliste : Ah bon ! Vous leur apprenez aussi à dire maman j’imagine ?
Comte : Bien sûr que non. C’est à elle de faire son boulot. Si elle veut leur apprendre des mots elle n’a qu’à le faire elle-même.
Journaliste : Hum… Ce n'est pas un peu cruel ?
Comte : Je ne vois rien de mal là-dedans. Moi je veux que mes enfants m’aiment et je fais tout pour ça.
Journaliste : Oh… Vous avez un exemple ?

Comte : Prenez Pietro mon plus vieux. Lui, il a une petite amie qui fait un peu garce. Ma femme n’approuve pas le choix de mon fils, et elle lui dit souvent. Moi, je fais le contraire, je dis à mon fils que cette petite je l’aime bien. Vous voyez comment je sais m’y prendre ?
Journaliste : Ouais…

Comte : Je vais vous donner un autre exemple. Ce même fils, rêvait d'aller à l’université. Ma femme au lieu de s’en réjouir, se plaint qu’elle a trop de factures à payer. … Vous voyez ? Alors moi, j’ai dit à mon fils que j’allais tout faire pour lui trouver cet argent. (Éclatant de rire) J'ai fait croire à mon fils et à mon idiote d'épouse que j'allais ramasser des canettes vides ! J'ai trouvé un autre moyen et j'y suis arrivé, j'ai payé les études de mon fils. Pas besoin de vous dire que Pietro a fait une croix sur sa mère après ça.
Journaliste : Oui, je vois… Et comment avez-vous fait pour ramasser cet argent ?

Comte : Euh… Disons que je l’ai volé ! J’ai subtilisé le sac à main d’une vieille dame dans le centre ville, une vieille folle, qui comme tout le monde le sait a beaucoup d’argent. Mais la manière importe peu, ce qui compte c’est le résultat !

Comte : Mon fils était vraiment heureux de partir pour l’université. Pas besoin de vous dire que lorsqu’il nous a quittés, il n’a même pas salué sa maman.
Journaliste : Ouais… Mais vos enfants, ils doivent bien aimer un peu leur mère non ?

Comte : Non, je ne crois pas… Enfin peut-être le jeune Fabien, je crois qu’il l’aime un peu. Plus pour longtemps je crois, car depuis quelque temps ma femme le dispute souvent. Celui-ci ne se nourrit que de muffins, alors qu’elle voudrait qu’il mange ses petits pois et ses brocolis. Moi, pour faire plaisir à mon petit, je lui prépare des muffins, et j’en mange même avec lui.

Comte : Pour ce qui est de notre fils Ben, je crois qu’il n’aime vraiment pas sa maman. Il demande souvent pourquoi maman n’est pas là, et pourquoi elle est toujours fatiguée. Que voulez-vous que je lui dise à part : " Maman préfère aller au travail et revenir fatiguée que de s’occuper de vous. " Je crois que ça choque mon garçon car il souhaite être riche plus tard et il dit que sa femme restera à la maison pour s’occuper de leurs enfants.
Comte : Les 2 plus jeunes eux, bien sur, ils n’ont pas encore conscience que leur maman est une mauvaise mère, ils sont trop petits encore.
Journaliste : On dirait que vous souhaitez que vos enfants vous aiment plus qu’ils n’aiment votre femme. Je me trompe ?

Comte : Non vous avez raison. Écoutez, je suis né en 1847. Faites un petit calcul et cela vous donnera l’âge que j’ai. Savez-vous ma petite que c’est la première fois, depuis que ma mère est décédée que j’ai une famille ? Pendant toutes ces années j’ai vécu seul, craint et détesté de tous. Savez-vous que pour la toute première fois de ma vie, il y a des gens qui m’aiment ? Bien sûr, vous les humains ne savez pas ce que cela signifie. C’est tellement normal pour vous, que vous n’appréciez plus. Alors moi, parce que j’en ai été longuement privé, je suis en mesure de l’apprécié.
Comte : Maintenant, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, terminons cette entrevue parce que je dois vraiment aller rejoindre ma femme au restaurant.

Journaliste (venant s’asseoir près de Claude) : Comte j’aurais encore une petite question ?
Comte : Bien faites vite !
Journaliste : Pourquoi avez-vous tué Léandre Porter ?
Comte : Ha ha ha ! Très drôle ! Vous croyez que j’ai tué Léandre ?
Journaliste : Écoutez Comte, j’ai lu toutes ses entrevues, et je ne suis pas tombé de la dernière pluie, et je suis loin d’être une idiote croyez-moi. J’ai tout lu concernant cette affaire, et je sais que vous l’avez tué. Ce que j’ignore c’est pourquoi vous l’avez supprimé.
Comte : Même si je l’avais fait, vous croyez vraiment que je vous raconterais ?

Journaliste (se rapprochant) : Pourquoi pas, j’ai des " arguments " très convaincants. Je vous plais non ? Alors je suis prête a faire ce que vous voulez. J’ai besoin du scoop, cela plaira a mon patron.
Comte : Vous avez effectivement de très beaux hum… arguments, mais vous croyez vraiment que je prendrais le risque de tout vous racontez pour par la suite me faire arrêter ?

Journaliste : Comte, personne ne s’intéresse plus à cette histoire. Ça fait plus de 4 ans que c’est arrivé. Même la police a laissé tomber. Et puis ce magasine est un vrai torchon, personne ne lit ce truc. Allez Comte, je suis très jolie, j’ai besoin de gagner ma vie, et je vois bien dans vos yeux que vous êtes tenté. Alors racontez-moi, et je serai très très gentille.

Comte : Bon, d’accord personne ne lit ce torchon comme vous dites. Mais pas ce soir, je n'ai pas le temps, ma femme m’attend au restaurant. Mais bon, je suis prêt à condition d’avoir une petite avance de ce que vous me promettez…

Journaliste : Vous me plaisez Comte ! Le lit ou le sofa ?
Comte : Le sofa fera très bien l’affaire, vous sentez les fraises ! Dommage, que je sois si pressé.

Comte : Bah tant pis ! Kapa attendra…