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Entrevue avec un vampire

Partie 1

Par:  Léandre Porter

Journaliste : Avec moi aujourd’hui le Comte Claude Faivre. Comte racontez moi comment vous avez été initié au vampirisme ?

 

 

Comte : Ça remonte à plusieurs années, j’espère que ma mémoire ne me jouera pas trop de tour. Et bien voilà :

Dimanche 8 janvier 2006

En route pour la chasse, mon mari m’expliqua ce que j’aurais à faire. En théorie, cela semblait plutôt simple. Il me faudrait de un, aborder la proie. De deux, la maintenir fermement, et de trois, mordre son cou … Juste 3 petites étapes, un jeu d’enfant pour n’importe qui. Sauf pour moi !

 

Claude m'entraîna dans un parc très fréquenté le jour par des familles, mais où seulement quelques promeneurs s’y aventuraient le soir. Claude me conseilla de prendre pour proie une femme. Il me serait plus facile de maîtriser une femme, qu’un homme doté d’une plus grande force physique que moi.

 

Très vite mon mari me montra discrètement, une femme blonde qui nous tournait le dos. " Vas-y Kapa  " Me dit-il. J’avais si soif, j’avais tellement besoin de sang … J’ai donc tranquillement approché la femme. De ma voix qui tremblait sûrement, j’ai demandé : " Pardon madame vous pouvez m’indiquer où se trouve la rue des Dents ? Euh … des Vents ? " La jeune femme se retourna vivement, " pardon ? " Me dit-elle.

 

" Daisy ! " M’écriais-je. J’avais oublié complètement pourquoi je l’avais abordé au départ. Ma blonde amie, que mon mari avait jadis mordu, se tenait debout devant moi. Je n’en croyais pas mes yeux ! Blonde comme les blés, ses yeux n’étaient plus rouges mais plutôt bleus, sa peau n’était plus grise mais dorée comme un petit pain.

 

" Daisy ? C’est toi ? Mais tu es normal ma foi ! Comment tu as fait ça ?  Je suis tellement contente de te voir … " dis-je en tendant les bras pour l’enlacer … Mon amie me repoussa et me dit : " Non mais ça va pas la tête ? Vous êtes folle ou quoi ? "

 

"Daisy, tu ne me reconnais pas ? Je suis Kapa. Kapa Banal, Claude m’a mordu moi aussi et je suis devenue un vampire. "  À ma grande surprise, celle-ci me répondit :  "Je ne vous connais pas Madame. Vous, vous trompez. Je ne m’appelle pas Daisy, mais Elira. Et je me fous que vous soyez un Empire maintenant. Maintenant foutez-moi la paix ! " Et elle s’éloigna.

 

Je suis resté là, bouche bée. Je m’étais trompée. Pourtant, elle lui ressemblait tellement ! … Claude se précipita vers moi. " Kapa ! Bon sang, qu’est ce que t’as fait ? Pourquoi l'avoir laissé partir sans rien faire ?  " Il allait me trouver stupide je le savais déjà. J’ai répondu franchement : " J’ai cru que cette femme était Daisy. " Claude éclata de rire : " Kapa, tu es ridicule ! Dis-moi qu’est ce que tu as dans la tête ? Un cerveau ou un petit pois ? Daisy, est un vampire comme toi et moi, alors que cette femme était tout à fait humaine.  Cesses de déconner Kapa, parce que moi je n'ai pas que ça à faire ce soir ! Tu vois la brune là-bas, alors vas-y, et fais ce que tu as à faire ! "

 

Comme la soif me tenaillait toujours, j’ai suivi les conseils de mon mari et je suis allé voir la brune. " Pardon madame ? Vous pouvez me dire quelle heure il est ? " Lui ai-je demandé.   " Désolée " me dit-elle, " mais j’ai oublié ma montre à la maison. " Je ne m’attendais tellement pas à cela que je suis resté figée là. Et la dame s’éloigna…

 

Claude : " Nom d’un chien Kapa ! Qu’est ce que tu fabriques encore ? Tu penses qu’on va y passer la nuit ? " Je répondis simplement à mon mari :   "Je ne savais pas quoi faire ! Je lui ai demandé l’heure et elle n’avait pas sa montre."   Dis-je platement. Claude était très en colère. Je lui faisais perdre son temps disait-il. Il en avait assez, il voulait rentrer. J’étais piteuse, je ne valais rien. " Claude s’il te plait, j’ai vraiment besoin que tu m’aides, j’ai peur de plus tenir et de m’en prendre aux enfants. "  Suppliais-je.

 

Mon mari me regarda froidement, soupira, puis se dirigea vers une femme assise sur un banc, un peu plus loin. Il parla brièvement avec la jeune femme et puis celle-ci se leva du banc. Une seconde plus tard, la jeune femme était étendue par terre, baignant dans une marre de sang. "  Dépêches-toi de boire Kapa, avant que quelqu’un n’arrive. " Me pressa mon époux.

 

Mes jambes tremblaient terriblement quand je me suis agenouillé auprès de la jeune femme. Le sang s’écoulait rapidement de son cou. J’ai trempé un doigt dans le sang sur le sol. Bien que l’odeur m’enivrait, je me trouvais plus dégoûtante que jamais. J’ai bu très peu, en me servant de mes mains comme gobelet, pour ramasser le sang sur le sol. Claude rigolait dans mon dos. " Jamais vu un vampire aussi bête !" Dit-il.

 

Sur le chemin du retour, mon mari m’abreuva d’injures. J’étais selon lui, une véritable lâcheté. J’étais moche, gourde, imbécile, incapable, cinglé et ridicule, etc … Ses insultes ne me touchaient pas, j’étais au-delà de ça. Mon mari avait beaucoup changé ces derniers temps. Il n’était plus l’homme que j’avais épousé. Je ne savais plus où j’en étais avec lui, je ne savais plus si je l’aimais ou pas, je ne savais qu’une chose, j’avais besoin de lui. Je dépendais de lui. Sans Claude, j’allais mourir, j’étais incapable de me nourrir seule, je venais d’en avoir la preuve. Il pouvait bien me traiter de tous les noms, faire ce qu’il voulait de moi. J’étais son bien, sa chose, fidèle comme un petit chien.

 

Même si je n’avais bu que très peu de sang, cela me fit un bien immense et je me sentis bien mieux. Assez bien pour faire acte de présence à la soirée de Noël le lendemain. Claude avait décoré le salon pour la fête. Il avait acheté des montagnes de cadeaux aux enfants. Ceux-ci étaient joyeux, et avaient très hâte de voir leur présent.

 

Pietro l’aîné, n’avait pu se joindre à nous pour Noël. Il était toujours à l’université et il croulait sous les travaux. Il préférait rester au dortoir, et profiter de la période des fêtes pour étudier. Claude était fier que son fils se consacre à ses études aussi sérieusement, car après tout il avait défrayé tous les frais pour envoyer son fils à l’université.

 

Je n’avais pas le cœur à la fête, mais j’ai quand même accepté de poser pour la photo, en tenant Ella dans mes bras. J’étais loin de me douter que cette nuit là, était la dernière nuit que je passerais en compagnie de mes enfants et de mon mari …

 

Alors que les enfants embrassaient et remerciaient leur bon papa pour leur présent, je suis sorti prendre un peu d’air. J’ai observé le ciel pendant un moment, puis j’ai ramassé machinalement le courrier qui traînait dans la boîte aux lettres depuis quelques jours. J’étais rarement pressé de le ramasser car je n’y trouvais que des factures. Cependant, ce soir là, une enveloppe attira mon attention. " Mme Kapa Faivre " pouvait-on lire sur celle-ci.

 

Personne ne m’appelait ainsi. Lorsque j’avais épousé Claude, il m’avait fait l’honneur de prendre mon nom Banal. Comme je n’avais pas de famille et pas de souvenirs, j’avais trouvé ce geste charmant. Nos enfants portaient le nom de Banal. Personne ne prononçait le nom Faivre, sauf moi parfois, quand il m’arrivait d’être en colère j’appelais mon mari : Claude Faivre.

J’ouvris l’enveloppe, il y avait une note pour moi, ainsi que cinq pages de magazine pliées. J’ai parcouru la lettre ;

 

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J’ai glissé tous les papiers sous mes vêtements, et je suis entré dans la maison. J’ai grimpé l’escalier sans que ni les enfants, ni Claude ne fassent attention à moi. Je suis monté dans notre chambre et j’ai verrouillé la porte. Je regardais les papiers, je ne savais pas ce que j’y apprendrais. Je pensais seulement : Claude connaissait Léandre !

 

J’ai déplié les pages, et me suis assise pour lire : " Entrevue avec un vampire " C’est ainsi que j’ai appris, quelle sorte d’homme était mon mari… C’est fou la vitesse à laquelle votre vie peut basculer suite à la simple lecture, de cinq bouts de papier.

 

Le choc fut terrible ! Je suis resté là comme pétrifié, alors que je prenais conscience de la vérité. Dans un état second je me suis levée de mon fauteuil.

 

Je me suis mise à pleurer sans ne plus pouvoir m’arrêter. Mon mari m’avait menti, mon mari se moquait de moi, mon mari avait volé, mon mari montait les enfants contre moi, mon mari m’avait trompé, mon mari ne m’avait jamais aimé, mon mari avait tué … Je pleurais sur moi, sur la comédie qu’avait été ma vie, sur les mensonges des 20 dernières années. Tout ce en quoi j’avais cru, tout ce que j’avais vécu, tout était faux, ma vie, mon homme, ma famille …

 

J’ai relu les pages plusieurs fois, comme si le fait de les relire changerait quelque chose. Les mots dansaient sous mes yeux, les pensées se bousculaient dans ma tête. Je n’avais plus rien, et pourtant j’avais cru longtemps que j’avais tout. J’aurais donné ma voix, mes yeux, mon peu de science, mon peu de liberté, pour que l’on me redonne ma vie. Mon chagrin était immense ...   C’est à ce moment là, comme si quelqu’un quelque part, m’avait entendu,  comme si on m'accordait une deuxième chance ... que sous mes yeux embués de larmes, la Solution m’apparue …

Et pour la première fois depuis longtemps, moi Kapa Banal , j’ai souri franchement …

Par Dawawa - Publié dans : Épisodes récents
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